Le Forum de l’OCDE cette semaine met l’accent sur le futur du travail face à la révolution IA

L’un des ateliers a posé clairement cette évolution : nos métiers vont-ils disparaître ? 

La montée en puissance de l’IA est systématiquement mise en perspective de la destruction d’emplois. Au delà du discours générique dans la société, nous le constatons au sein même des entreprises.

  • Si un Décideur décide d’automatiser la production de rapports « intelligents » c’est-à-dire capables de formuler en différentes langues des commentaires à valeur ajoutée (explication causale des écarts par exemple) il va se trouver confronté à des équipes qui minent le projet de conception en changeant constamment d’avis et en demandant toujours plus à la machine dite « intelligente » mais qui en réalité ne l’est pas tant que cela !
  • Quand vous creusez la situation auprès des personnes impactées, elles sont très ambivalentes car d’une part, elles se déclarent débordées en permanence, ne pouvant jamais produire ces analyses de premier niveau et donc encore moins celles de deuxième niveau.
  • Et quand vous les confrontez au temps que leur ferait gagner la machine de reporting « intelligente », elles admettent qu’elles ont surtout peur pour le futur de leur poste.

Cette représentation que l’IA va détruire les emplois est exagérée. Pour aborder le sujet sereinement il faut passer de « poste » à « tâches ».

  • Un poste est composé d’une somme de tâches. Ce sont certaines de ces tâches qui deviennent automatisables par l’IA : monter une réunion à travers plusieurs agendas, formaliser un rapport standard, proposer les offres les plus pertinentes en fonction du profil client, …
  • Aussi « bluffantes » que soient les percées liées à l’IA, elles ne sont jamais qu’une partie des tâches que représente un poste.

Nous allons avoir quatre types de tâches :

  1. Celles qui sont modélisables et qui se produisent fréquemment : l’IA peut les réaliser à coût attractif
  2. Celles qui sont modélisables et qui ne se produisent pas fréquemment : l’IA risque fort de ne pas être attractive en termes de coûts
  3. Celles qui sont réalisées aujourd’hui et qui ne sont pas modélisables : pas de changement, l’humain reste maitre à bord
  4. Celles qui devraient être réalisées, mais qui ne le sont pas faute de temps : c’est l’humain « augmenté ». il s’appuie sur un travail de l’IA qui à la fois libère du temps mais surtout lui permet de travailler à partir d’une base déjà préparée (données segmentées, analysées, propositions d’action)
C’est cette catégorie 4 qui doit attirer nos regards, pas les 3 autres. Pensons à tout ce que nous aimerions faire et que nous n’avons ni le temps, ni les bases pour les réaliser ?
  • Le contrôleur de gestion peut enfin passer de super comptable à bras droit Performance du Manager opérationnel
  • Le commercial peut enfin passer de pousseur de produit à conseiller du client pour faire le meilleur choix
  • ….
John Maynard Keynes (1883 – 1946) a façonné nos représentations économiques. Il avait prédit qu’avec l’automatisation qu’il percevait à son époque nous ne travaillerions que 15 heures par semaine. Je constate que nos PC, smartphones, internet,  logiciels, … nous ont plutôt rapprochés des 15 h par jour et j’ai bien peur que cela ne soit pas fini 🙂
Laurent Dugas

Lire l’article sur le blog P-Val